"Modèle français": perspective genevoise

Publié le par Andrei LUDOSAN

Ci-joint, un article trouvé dans LE NOUVEAU LIBERAL  ( publication du Parti libéral genevois) N° 160, en date du 26 Janvier 2007, page 14.
Le journal est librement téléchargeable au format .pdf, sur le site du Parti libéral genevois.



"L’Achille France
et son talon

Quatre événements, relativement récents, sont révélateurs de lacunes socio-démocratiques dont souffre le prétendu «modèle français». (L’expression est en usage exclusivement Outre-Jura!)
Une souris, minable,
qui provoque la débandade
d’un troupeau d’éléphants

Parlons d’abord des manifestations, des grèves et autres émeutes qu’a provoquées
le trop célèbre CPE. Des semaines durant, les transports, les communications, l’enseignement et
non seulement la plupart des institutions publiques, mais encore le commerce,
le tourisme et plus généralemen l’économie, ont été perturbés par un simple et misérable Contrat d’embauche. Vu de l’étranger, il s’agit d’une souris, minable, qui provoque la débandade d’un troupeau d’éléphants. N’en déplaise aux «francopathes», en Suisse, une loi de ce genre eût fait l’objet d’un simple référendum. Et le peuple aurait tranché souverainement et sans appel, dans le calme et la béatitude démocratique. Cela dit, on peut se demander si les citoyens-électeurs de ce pays voisin sont assez mûrs; sont-ils prêts à assumer ce processus, qui fait appel au peuple pour légiférer en ultime instance?
Le vote à propos de la Constitution européenne tend à démontrer le contraire.
Ayant assisté à plusieurs des multiples débats télévisés à ce sujet, nous fûmes stupéfait par la tournure de la plupart d’entre eux: les questions et les discussions portaient davantage – voire uniquement – sur des sujets de politique interne à la France, plutôt que sur l’Europe et ses institutions. Le géocentrisme franco-français était flagrant; et le sort de l’Union du continent paraissait totalement absent des préoccupations des opinants. L’on peut penser, non sans dépit, que seule une sérieuse menace militaire, pesant sur la plupart des vingt-cinq pays concernés, pourrait aviver la flamme de l’intégration politique de cette région du monde. Tant il est vrai que, dans l’histoire, ce sont les dangers d’invasion par la force armée qui ont, le plus souvent, incité les peuples à s’unir, dans le seul but de combattre. La Grèce antique, face aux Perses, en offre l’un des exemples les plus ressassés. Ainsi, à défaut d’une menace unificatrice, les Français ont refusé la Constitution européenne, sans se dire ni vouloir comprendre qu’à l’instar d’autres, semblables, elle n’est qu’un instrument; et qu’à ce titre, elle peut de tout temps être modifiée, subir des adaptations, voire être fondamentalement reformulée. Ainsi en fut-il de la Constitution helvétique au fil de ses sept cents ans d’histoire.
Certains Français s’en prennent maintenant à la fiscalité suisse
Le troisième événement, typiquement français, que nous évoquons ici, préoccupe tout esprit d’entreprise. À notre modeste connaissance, trois PME, dont nous gardons l’anonymat par discrétion, s’apprêtent à fermer leur(s) succursale(s) en France (et pas ailleurs) pour des motifs touchant aux innombrables tracasseries sociosyndicales et administratives. Nous nous bornerons à citer pour exemple, parmi maints autres qu’il serait long et fastidieux d’énumérer, cette employée qui engage une procédure judiciaire contre son employeur, parce qu’il l’a licenciée après dix-huit mois d’absence pour cause de pseudo-maladie. Hélas, un tel cas s’avère courant au pays où les syndicats refusent de faire le ménage et la discipline au sein de leurs troupes, afin d’éviter les abus de ce genre, de plus en plus fréquents. Car ces derniers, non seulement ternissent l’image de ces organisations, mais ils portent en outre atteinte à leur crédibilité.
La justice sociale implique aussi l’égalité de traitement; cette équité que bafouent, hélas, les excès, trop nombreux Outre-Jura.
Enfin, last but not least, certains Français s’en prennent maintenant à la fiscalité suisse! Qu’ils sachent qu’elle résulte, elle, de la volonté du peuple souverain, grâce au droit d’initiative et de référendum. Elle n’est pas, comme ailleurs, le fruit d’un pouvoir autoritaire ou de magouilles politicardes. Étant de culture et de langue françaises, nous aimons la France. Et c’est parce que nous y sommes affectivement attachés que nous dénonçons les vices qui en ternissent les non moins remarquables vertus.
Durant l’année de notre présidence du parlement, nous reçûmes une quinzaine de délégations provenant des pays les plus divers. Nous leur demandâmes à quels autres pays elles consacraient leur enquête. Toutes répondirent semblablement: «Aucun. Seule la Suisse nous intéresse.»
Force est de constater qu’en cette matière, le «modèle français» n’en est un que dans l’esprit de ceux qui le vantent!
René Koechlin"
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Publié dans ludosan

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