Etat: juge ou dictateur ?

Publié le par Andrei LUDOSAN

Extrait d'un dialogue par mail
(mon interlocuteur n'est pas un libéral, mais son ouverture au dialogue est tout à fait remarquable)

Son texte est en rouge, le mien en vert.


Je vous glisse juste un mot en réponse : souvent, vous prenez comme contre-exemple les mondes collectivistes, comme si je les prenais moi-même en référence? Il n'en est rien, bien sûr : je tiens ces régimes en exécration et je me garde bien de toute tentation collectiviste comme de toute police de la pensée. Cependant, je tiens à l'État comme gendarme régulateur pour empêcher les plus forts et les plus riches de semer la terreur parmi les plus faibles, parce que je ne vois pas d'autre moyen plausible, tout simplement.

Je suis sûr qu'on va arriver, sinon à tomber d'accord, du moins à rapprocher nos points de vue ;o)

Au plaisir de vous lire à nouveau.

Amicalement.



Vôtre phrase mélange, à mon avis, deux affirmations distinctes:
  •  - un Etat "gendarme régulateur" : probablement oui. Je dirais un "arbitre" qui nous assure que la même regle est appliquée à tous les joueurs, en toute circonstance.
  •  - "pour empêcher les plus forts et les plus riches de semer la terreur parmi les plus faibles"...là.... ca se discute.
    En caricaturant, je vous demanderais: pensez-vous que le rôle d'un arbitre est aussi de...limiter la différence de score? Doit-on promulguer une limite de cette différence, limite qu'aucun match ne doit dépasser ? Et si oui, par quels moyens y parvenir? D'abord, qui va définir cette limite? De quel droit ?

Ou autrement: sachant que mon souhait est également de ne plus voir des gens asservis, le meilleur moyen est-il:
1. De promouvoir un "Père Tutellaire" qui les "protège" en toute circonstance ( autrement dit, qui déresponsabilise le plus grand nombre) ?
ou bien
2. D'assurer le strict respect d'une regle, présumée "juste" ?

Si cette deuxieme solution vous parait préfèrable, quelle serait cette regle "juste" ?

Moi je n'en connais qu'une: EGALITE des droits INDIVIDUELS !
Et, que je sache, le premier de ces droits individuels est... le droit de disposer de sa propre personne. Ergo, le droit de disposer souverainement des "valeurs" qu'on produit, autrement dit le Droit de Propriété Privée !


Donc, tant que c'est moi qui décide contre quoi j'echange mes "propriétés", il n'y a aucun problème. Ce qui veut dire que je ne m'oppose nullement à ce que quelqu'un donne aux autres ses "valeurs" gratuitement: ce qui m'importe c'est qu'il s'agisse de SA décision.
Or, comme je le disais déjà, un echange entre personnes libres s'appelle un "marché".

En revanche, quand le fisc vient me prendre une partie du fruit de mon effort:
- il use de la contrainte
- il m'offre, en contre-partie, le bénefice des "services collectifs": la nature et le montant de cette contre-partie sont imposés, je ne les choisis pas librement
Appelleriez-vous ça un "marché" ? Moi j'appelle ça un "chantage" , et structurellement rien ne le distingue des chantages que les gangs de New York imposaient aux petits comerçants.
 

Par ailleurs, la vertu dont se pare l'Etat, à savoir celle d'agir au nom du "bien collectif", est fasse à plusieurs titres:
 - philosophiquement parlant, ce "bien collectif" (distinct et supérieur aux biens individuels, et non pas une simple résultante à postériori de ceux-ci) est une fumisterie.
- même si ce "bien collectif" est défini le plus démocratiquement au monde, il n'en reste pas moins un acte tyrannique, exercé au nom de "la majorité" contre certains individus.
- je ne connais aucun cas ou ce "bien collectif" ne soit pas, en réalité, l'alibi des gouts et preférences (fort personnelles et individuelles ) des individus placés au "pouvoir". La bien-nommé dictature du prolétariat est rapidement devenue, partout et toujours, la dictature des nomenklaturistes.  Ergo: on déteste le système quand on est "en bas" et on l'adore quand on est "en haut" ( voir, à ce propos, la différence entre ce que Mitterand pensait en 1965 - "Le Coup d'Etat permanent" - et ce que Mitterand fit, une fois au pouvoir).

Le respect donc de la Liberté des Individus est synonyme de respect de la Propriété Privée. Par conséquent, toute intervention autoritaire (Etat) pour faire de la "redistribution des richesses" est un outrage à la Liberté individuelle et la voie ouverte à toutes les dictatures.

On peut vouloir limiter " les inégalités" ( inégalités de richesse, car c'est de celà qu'il s'agit, vous le dites explicitement). Mais pour ce faire, on doit inevitablement user de la contrainte, donc de la tyrannie, à l'égard de certains individus. Il devient, du coup, difficile de clamer en même temps son attachement à la Liberté des hommes (sauf à decréter que, au délà d'un certain niveau de richesse, on est déchu de ses droits humains...).
L'Etat ne peut exercer cet acte tyrannique qu'au nom de la "Collectivité" (cas des social-démocraties) : il devient, dés lors, difficile de nier son attachement à une forme de "collectivisme".

Certes, on peut se declarer "pour la Liberté... dans certaines limites", donc "pour le collectivisme... dans certaines limites". Ca sonne "équilibré" et fort sage mais... c'est un sophisme intellectuel: la "limite" en question signifiera simplement le seuil au-delà duquel "la majorité" peut attenter à la propriété, donc à la liberté de certains individus.
Qui donc va définir cette limite? "La majorité" (par le biais du vote) ?  Voilà une affaire ou cette "majorité" est à la fois juge et  partie! Autant dire qu'il n'y a, de facto, aucune garantie pour les individus puisque toute nouvelle "majorité" aura le droit de deplacer "la Limite" au gré des humeurs du moment (en pratique, au gré des humeurs des personnes au pouvoir).

Moralité:


1.  OUI, on a probablement besoin d'un Juge pour garantir et appliquer le Droit. Et dans l'état actuel de nos références culturelles et morales, la Liberté INDIVIDUELLE me semble être la valeur suprême à défendre.
2.  Dés l'instant ou quelqu'un (ou une "collectivité", y compris l'Etat) àcqiert le droit d'attenter "légalement" à la propriété des individus, toutes les dérives sont possibles (et surviendront surement!). Surtout, on nie par là-même la primauté de la Liberté INDIVIDUELLE.
Donc NON, l'Etat ne doit, idéalement, pas faire de la redistribution de richesses.


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Publié dans ludosan

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