Défense du libéralisme (1)
Excellent texte de Roger Lesgards ( lire "Une critique exemplaire du libéralisme")
Il est assez exemplaire de la critique usuelle actuelle (en France surtout, pour ne pas dire exclusivement!) du libéralisme (affublé des vocables "néo-" ou "ultra-"...ça fait frémir d'horreur les foules, rien qu'en prononçant le mot).
Il y a une apparente raison à ces critiques, car elles reposent sur quelques “postulats” que je pourrais résumer ainsi:
Le "libéralisme":
- est l'application, dans le domaine social, de la "loi naturelle" (la loi du plus fort)
- rien n'exclut "l'économie" de cette affirmation
- l’économie et “l’alpha et oméga” de toute la vie
Or "la loi naturelle du plus fort", appliquée au social, pourrait s'énoncer comme suit: "Aucune entrave! Tous les moyens sont permis afin de satisfaire son bonheur, y compris la destruction de celui qui gène vôtre quête individuelle du bonheur!"
Ce qui aboutirait, nécessairement, à cette domination des petits par les grands que l'on voit (ou l'on croit voir...)
Ou est le faux?
Il est à l'origine, dans l'assimilation du libéralisme à "la loi naturelle". Il suffit de reflechir une minute pour s'apercevoir que la "liberté individuelle" comme valeur suprême - que les différentes lois seront appellées à défendre - est tout sauf naturelle. Rien, dans "la loi naturelle" n'empêche de prendre un plus faible en esclavage, par exemple...
L'exigence de protection de la "liberté individuelle" est une invention assez moderne et elle est avant tout une exigence morale.
Si la "liberté individuelle" avait été "naturelle" l'esclavage - en Grece antique ou à dans l'Empire romain - n'aurait jamais dû exister (à l'époque on faisait peu de théorie avant de passer à l'acte: on faisait donc dans le “naturel”).
Mais, en même temps, en apparence, ma "liberté individuelle" devrait me permettre de tout faire ! Y compris, comme on le montre dans vôtre article, subordonner des pouvoirs politiques à mes fins égoistes (si j'ai suffisamment de pouvoir financier pour le faire), y compris imposer "mon point de vue" du haut de mon pouvoir de contrainte financière ("pense comme moi sinon je te zigouille !"....celà s'appelle communement du “chantage” et non pas un "marché libre")
Pour que “le libéralisme” soit fonctionnel, il faut donc une "limite" à cette "liberté indiviudelle". Effectivement, le problème inhérent et structurel du "libéralisme" est celui de savoir quelle est la définition "philosophique" de la "liberté individuelle". Sans rentrer dans les détails des débats "scolastiques", on peut retenir d'abord que la liberté d'un individu s'arrête...là ou elle entrave la liberté d'un autre.
Mais il est clair que celà va poser beaucoup de problèmes de "frontière".
Exemple:
- je veux tondre ma pelouse à minuit
- mon voisin veut dormir
Si on respecte ma liberté, le voisin ne pourra pas dormir. Si on respecte la sienne, je ne pourrais pas tondre ma pelouse.
Mais il y aura quand même une solution ( libérale!), même à ce banal problème de voisinage:
- mon voisin doit avoir la liberté de choisir entre dormir et ne pas dormir
Ce qui lui enlève ce choix...ce n'est pas "tondre la pelouse" mais "le bruit de la tondeuse". Il est donc légitime de dire que je suis en droit de tondre ma pelouse à minuit...à condition de le faire en silence (à moi de voir si j'ai les moyens techniques pour ce faire...).
Et si l'exemple vous parait saugrenu...je vous rappelle que les voisins trouvent toujours à redire pour un barbecue bruyant entre amis, se prolongeant bien tard, mais qu'ils n'ont jamais trouvé à redire à vôtre présence dans vôtre jardin, nuitamment, lorsque vous admirez les étoiles (en sussurant de douces paroles aux fines oreilles de l'élue de vôtre coeur...).
Autrement dit, pour l'immense majorité des situations de la vie courante, cette définition de la limite de la liberté individuelle est suffisante.
Le "libéralisme" decrit par l'article de Mr Lesgards est un ordre social ou le riche qui veut tondre sa peluose à minuit...va le faire (avec une tondeuse bruyante celà va de soi!), et, si jamais le pauvre qui veut dormir ose malgré tout dire quelque chose, le lendemain il se retrouvera sans boulot et expulsé de sa maison.
Appeller ca du "libéralisme" est un faux, pur et simple: si "le riche" a un tel pouvoir de contrition, celà ne peut se faire qu'avec...la complicité COUPABLE d'une autorité legislative (soudoyée probablement) ! Coupable car elle bafoue du même coup le principe fondateur du libéralisme (égale liberté pour tous).
Et pourtant, celà s'est passé (et se passe encore dans bien d'endroits au monde).
Je remarquerais, toutefois, que celà concerne peu (il n'y a jamais du "pas du tout") les pays classiquement réputés "libéraux". En revanche, celà s'est passé couramment dans les pays socialistes ! Manque de bol mais...la preuve par les faits est impitoyable pour les modèles "collectivistes" (quelque soit le critère de ce "collectivisme": social, racial ou national). Le pourquoi de cette dérive constante et uniforme des modèles "collectivistes" vers le despotisme est un autre débat, que l'on doit avoir, (mais chaque chose en son temps...)
Mais continuons: on peut se demander pourquoi le "juge" se laisse-t-il "soudoyer":
a) ses revenus honêttes sont faibles par rapport au "pot de vin". Celà explique une partie de la corruption en Roumanie par exemple (mon pays d'origine); là aussi, le phénomène commence à diminuer... surtout grace aux libéraux ( au pouvoir depuis 2004) !
b) il n'y a pas de contre-pouvoir efficace, face au pouvoir du "riche"
Cette deuxième remarque a poussé la plupart des "libéraux" à penser qu'une société équilibrée doit prevoir des "garde-fous": tout pouvoir doit avoir un contre-pouvoir !
Certes, celà suppose une société ou le maintien de “l’équilibre” est assuré plutôt par la confrontation. Eh oui... Je crois d'ailleurs que Churchill disait quelque chose du genre: "Le libéralisme n'est pas la meilleure solution. C'est la moins mauvaise que l'on connaisse". L'idéal douceâtre du "consensus" universel ne m'a jamais convaincu. Il suppose une espèce d'humanité abstraite et idéale, inexistente en pratique. On peut le deplorer, trouver que "les gens sont égoistes et mauvais" et se proposer de les améliorer - généralement dans des camps de réeducation - mais les résultats pratiques de ce type de démarche n'ont pas été convaincants, jusqu'à présent.
Sur le plan politique donc, le libéralisme n'a jamais proposé "la loi naturelle" mais un corpus de lois dont le but est de proteger cette liberté individuelle. Pour ce faire, le libéralisme a simplement la modestie de ne pas vouloir corriger "l'oeuvre de Dieu" (en occurence, la nature humaine) mais de faire avec. Avec tous ses "défauts" et "bassesses"...Or, à quelques exceptions prés (Mère Théresa et quelques autres saints...) les hommes sont "naturellement" enclins à privilegier leur intêret personnel. On peu le regretter mais c'est ainsi. La vie de tout les jours vous persuade de cette vérité. La nier, ce n'est pas de "l'humanisme" ni "une vision noble de la vie" mais...une sottise pure et simple. On a une âme noble parce qu'on veut que les hommes soient meilleurs. Mais on est un imbecile si on croit qu'ils le sont dejà.
La nature humaine est donc une donnée pré-existente à notre bon vouloir. En tenir compte, celà s'appelle...du bon sens, tout simplement.
Et si on persiste à soutenir le contraire, je le répète, qu'on me montre un exemple, UN SEUL, de système politique ou social qui ait rendu les hommes, en masse, structurellement altruistes et dévoués "au bien commun".
Car l'idée sous-jacente à beaucoup d'utopies collectivistes est celle-ci: c'est "le système" qui rend les gens égoistes. Il suffit de "changer de système" et les gens (re)-deviendront "bons". Deux remarques suffisent pour montrer à quel point une telle idée est indéfendable:
a) Si les hommes sont "naturellement bons" et seulement "le système" les pervertit, qu'on m'explique par quel obscur mécanisme les hommes primitifs (des "bons sauvages" donc) en "évoluant" ont abouti...à nos sociétés égoistes et guerrières ! Ou alors, le mechant "système", ce sont donc des extra-terrestres qui l'ont imposé, puisque je ne vois pas comment des gens naturellement "bons" auraient pu “naturellement” concevoir de telles abominations.
b) (Plus sérieusement): les gens sont naturellement "mauvais", on va donc les améliorer. Soit. Ca se fait d'ailleurs, depuis quelques milliers d'années. On a reussi, en ce laps de temps, à tempérer un peu l'égoisme et l'agressivité naturelle de cette bête qu'est l'homme.
Il n'est pas exclu que, quelques siècles en arrière, le LUDOSAN primitif ait rapidement sorti son épée pour trancher ainsi le débat l'opposant au LESGARDS primitif. Mais rassurons le lecteur, le LUDOSAN actuel ne connait rien au maniement des épées.
A supposer que l'on continue dans la même direction, on peut raisonnablement espérer voir cette humanité MAJORITAIREMENT composée de gens altruistes et généreux...dans quelques milliers d'années au plus tôt. N'est pas un peu lointain, comme horizon? N’est pas un peu tôt pour mettre aujourd’hui en place des “systèmes” adaptés à ce type d’humanité?
Il est assez exemplaire de la critique usuelle actuelle (en France surtout, pour ne pas dire exclusivement!) du libéralisme (affublé des vocables "néo-" ou "ultra-"...ça fait frémir d'horreur les foules, rien qu'en prononçant le mot).
Il y a une apparente raison à ces critiques, car elles reposent sur quelques “postulats” que je pourrais résumer ainsi:
Le "libéralisme":
- est l'application, dans le domaine social, de la "loi naturelle" (la loi du plus fort)
- rien n'exclut "l'économie" de cette affirmation
- l’économie et “l’alpha et oméga” de toute la vie
Or "la loi naturelle du plus fort", appliquée au social, pourrait s'énoncer comme suit: "Aucune entrave! Tous les moyens sont permis afin de satisfaire son bonheur, y compris la destruction de celui qui gène vôtre quête individuelle du bonheur!"
Ce qui aboutirait, nécessairement, à cette domination des petits par les grands que l'on voit (ou l'on croit voir...)
Ou est le faux?
Il est à l'origine, dans l'assimilation du libéralisme à "la loi naturelle". Il suffit de reflechir une minute pour s'apercevoir que la "liberté individuelle" comme valeur suprême - que les différentes lois seront appellées à défendre - est tout sauf naturelle. Rien, dans "la loi naturelle" n'empêche de prendre un plus faible en esclavage, par exemple...
L'exigence de protection de la "liberté individuelle" est une invention assez moderne et elle est avant tout une exigence morale.
Si la "liberté individuelle" avait été "naturelle" l'esclavage - en Grece antique ou à dans l'Empire romain - n'aurait jamais dû exister (à l'époque on faisait peu de théorie avant de passer à l'acte: on faisait donc dans le “naturel”).
Mais, en même temps, en apparence, ma "liberté individuelle" devrait me permettre de tout faire ! Y compris, comme on le montre dans vôtre article, subordonner des pouvoirs politiques à mes fins égoistes (si j'ai suffisamment de pouvoir financier pour le faire), y compris imposer "mon point de vue" du haut de mon pouvoir de contrainte financière ("pense comme moi sinon je te zigouille !"....celà s'appelle communement du “chantage” et non pas un "marché libre")
Pour que “le libéralisme” soit fonctionnel, il faut donc une "limite" à cette "liberté indiviudelle". Effectivement, le problème inhérent et structurel du "libéralisme" est celui de savoir quelle est la définition "philosophique" de la "liberté individuelle". Sans rentrer dans les détails des débats "scolastiques", on peut retenir d'abord que la liberté d'un individu s'arrête...là ou elle entrave la liberté d'un autre.
Mais il est clair que celà va poser beaucoup de problèmes de "frontière".
Exemple:
- je veux tondre ma pelouse à minuit
- mon voisin veut dormir
Si on respecte ma liberté, le voisin ne pourra pas dormir. Si on respecte la sienne, je ne pourrais pas tondre ma pelouse.
Mais il y aura quand même une solution ( libérale!), même à ce banal problème de voisinage:
- mon voisin doit avoir la liberté de choisir entre dormir et ne pas dormir
Ce qui lui enlève ce choix...ce n'est pas "tondre la pelouse" mais "le bruit de la tondeuse". Il est donc légitime de dire que je suis en droit de tondre ma pelouse à minuit...à condition de le faire en silence (à moi de voir si j'ai les moyens techniques pour ce faire...).
Et si l'exemple vous parait saugrenu...je vous rappelle que les voisins trouvent toujours à redire pour un barbecue bruyant entre amis, se prolongeant bien tard, mais qu'ils n'ont jamais trouvé à redire à vôtre présence dans vôtre jardin, nuitamment, lorsque vous admirez les étoiles (en sussurant de douces paroles aux fines oreilles de l'élue de vôtre coeur...).
Autrement dit, pour l'immense majorité des situations de la vie courante, cette définition de la limite de la liberté individuelle est suffisante.
Le "libéralisme" decrit par l'article de Mr Lesgards est un ordre social ou le riche qui veut tondre sa peluose à minuit...va le faire (avec une tondeuse bruyante celà va de soi!), et, si jamais le pauvre qui veut dormir ose malgré tout dire quelque chose, le lendemain il se retrouvera sans boulot et expulsé de sa maison.
Appeller ca du "libéralisme" est un faux, pur et simple: si "le riche" a un tel pouvoir de contrition, celà ne peut se faire qu'avec...la complicité COUPABLE d'une autorité legislative (soudoyée probablement) ! Coupable car elle bafoue du même coup le principe fondateur du libéralisme (égale liberté pour tous).
Et pourtant, celà s'est passé (et se passe encore dans bien d'endroits au monde).
Je remarquerais, toutefois, que celà concerne peu (il n'y a jamais du "pas du tout") les pays classiquement réputés "libéraux". En revanche, celà s'est passé couramment dans les pays socialistes ! Manque de bol mais...la preuve par les faits est impitoyable pour les modèles "collectivistes" (quelque soit le critère de ce "collectivisme": social, racial ou national). Le pourquoi de cette dérive constante et uniforme des modèles "collectivistes" vers le despotisme est un autre débat, que l'on doit avoir, (mais chaque chose en son temps...)
Mais continuons: on peut se demander pourquoi le "juge" se laisse-t-il "soudoyer":
a) ses revenus honêttes sont faibles par rapport au "pot de vin". Celà explique une partie de la corruption en Roumanie par exemple (mon pays d'origine); là aussi, le phénomène commence à diminuer... surtout grace aux libéraux ( au pouvoir depuis 2004) !
b) il n'y a pas de contre-pouvoir efficace, face au pouvoir du "riche"
Cette deuxième remarque a poussé la plupart des "libéraux" à penser qu'une société équilibrée doit prevoir des "garde-fous": tout pouvoir doit avoir un contre-pouvoir !
Certes, celà suppose une société ou le maintien de “l’équilibre” est assuré plutôt par la confrontation. Eh oui... Je crois d'ailleurs que Churchill disait quelque chose du genre: "Le libéralisme n'est pas la meilleure solution. C'est la moins mauvaise que l'on connaisse". L'idéal douceâtre du "consensus" universel ne m'a jamais convaincu. Il suppose une espèce d'humanité abstraite et idéale, inexistente en pratique. On peut le deplorer, trouver que "les gens sont égoistes et mauvais" et se proposer de les améliorer - généralement dans des camps de réeducation - mais les résultats pratiques de ce type de démarche n'ont pas été convaincants, jusqu'à présent.
Sur le plan politique donc, le libéralisme n'a jamais proposé "la loi naturelle" mais un corpus de lois dont le but est de proteger cette liberté individuelle. Pour ce faire, le libéralisme a simplement la modestie de ne pas vouloir corriger "l'oeuvre de Dieu" (en occurence, la nature humaine) mais de faire avec. Avec tous ses "défauts" et "bassesses"...Or, à quelques exceptions prés (Mère Théresa et quelques autres saints...) les hommes sont "naturellement" enclins à privilegier leur intêret personnel. On peu le regretter mais c'est ainsi. La vie de tout les jours vous persuade de cette vérité. La nier, ce n'est pas de "l'humanisme" ni "une vision noble de la vie" mais...une sottise pure et simple. On a une âme noble parce qu'on veut que les hommes soient meilleurs. Mais on est un imbecile si on croit qu'ils le sont dejà.
La nature humaine est donc une donnée pré-existente à notre bon vouloir. En tenir compte, celà s'appelle...du bon sens, tout simplement.
Et si on persiste à soutenir le contraire, je le répète, qu'on me montre un exemple, UN SEUL, de système politique ou social qui ait rendu les hommes, en masse, structurellement altruistes et dévoués "au bien commun".
Car l'idée sous-jacente à beaucoup d'utopies collectivistes est celle-ci: c'est "le système" qui rend les gens égoistes. Il suffit de "changer de système" et les gens (re)-deviendront "bons". Deux remarques suffisent pour montrer à quel point une telle idée est indéfendable:
a) Si les hommes sont "naturellement bons" et seulement "le système" les pervertit, qu'on m'explique par quel obscur mécanisme les hommes primitifs (des "bons sauvages" donc) en "évoluant" ont abouti...à nos sociétés égoistes et guerrières ! Ou alors, le mechant "système", ce sont donc des extra-terrestres qui l'ont imposé, puisque je ne vois pas comment des gens naturellement "bons" auraient pu “naturellement” concevoir de telles abominations.
b) (Plus sérieusement): les gens sont naturellement "mauvais", on va donc les améliorer. Soit. Ca se fait d'ailleurs, depuis quelques milliers d'années. On a reussi, en ce laps de temps, à tempérer un peu l'égoisme et l'agressivité naturelle de cette bête qu'est l'homme.
Il n'est pas exclu que, quelques siècles en arrière, le LUDOSAN primitif ait rapidement sorti son épée pour trancher ainsi le débat l'opposant au LESGARDS primitif. Mais rassurons le lecteur, le LUDOSAN actuel ne connait rien au maniement des épées.
A supposer que l'on continue dans la même direction, on peut raisonnablement espérer voir cette humanité MAJORITAIREMENT composée de gens altruistes et généreux...dans quelques milliers d'années au plus tôt. N'est pas un peu lointain, comme horizon? N’est pas un peu tôt pour mettre aujourd’hui en place des “systèmes” adaptés à ce type d’humanité?
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