Grève de la faim, Jean Lassalle, délocalisations
Pour rappel: début 2006, une usine (Toyal) située au fond d'une vallée des Pyrenées ( à Accous) veut s'agrandir. Pour des raisons topographiques, elle envisage un nouveau site, à Lacq ( terrain plus plat, acces aux axes routiers).
Le député Jean Lassalle, fort chagriné par cette "délocalisation" se met à faire la grève de la faim au beau millieu des couloirs de l'Assemblée Nationale. Cela durera 39 ou 40 jours, obligeant le Gouvernement à s'en mêler.
Résultat: Toyal va rester à Accous. Le surcoût de l'agrandissement sera payé par l'Etat Francais.
Le député Jean Lassalle, fort chagriné par cette "délocalisation" se met à faire la grève de la faim au beau millieu des couloirs de l'Assemblée Nationale. Cela durera 39 ou 40 jours, obligeant le Gouvernement à s'en mêler.
Résultat: Toyal va rester à Accous. Le surcoût de l'agrandissement sera payé par l'Etat Francais.
A l’heure ou je me mets a ecrire ces lignes, nous avons à peine appris que le combat du preux chevalier Jean Lassalle a été couronné de succes, au 39-ème jour: tout le gouvernement, solidaire, a bataillé pour cette victoire. Nous avons pu voir au Journal televisé:
- les “grands pontes” du gouvernement ( Gilles de Robien, par exemple) passer conforter et encourager Lassalle
- Sarkozy récoltant encore un “point” de popularité
- Francois Bayrou donnant dans le vibrato sollenel sur le thème du chevalier seul qui, a force de courage et de volonté, a triomphé des “Grands Mechants Barbares” (que sont, bien entendu, les industriels).
Je suis prêt à parier que, dans les jours qui viennent, nous aurons droit à une vraie “mise en légende”: outre les plateaux télé aux heures de grande audience, je prévois bientôt un block-buster à la francaise: “Le titan du Bearn”, etc. Lassalle s’installera (provisoirement, j’espère) dans la lignée de Jeanne d’Arc et autres salvateurs miraculeux de la chère Patrie...
Quelle pitrerie!
Sur la forme:
Personellement, je n’ai jamais compris en quoi la “gréve de la faim” est-elle contraignante pour “l’adversaire”. Si l’adversaire est un type purement froid et rationnel, il n-en aura rien à battre... “ Tu ne veux plus manger? Ben... t-es libre mon bonhomme, tu fais ce que tu veux de toi...”.
S’il a une “ame sensible”... celà revient à forcer sa pitié. Autrement dit, à faire du chantage sentimental. C’est la même chose que la pseudo-tentative de suicide des jeunes filles, lorsque le premier Jules volage les quitte. Dans tous les cas c’est ridicule: le plus souvent le Jules en question s’en fout. Pire encore, parfois le Jules revient (provisoirement, bien entendu)...par pitié ! La situation est, du coup, doublement degradante pour la jeune fille.
Sans parler de l’inutilité de la chose, sur le fond: la contrainte, par le biais du chantage sentimental, n’a jamais fondé des relations humaines dignes et, partant, durables.
Ainsi donc, le combat de nôtre Prométhée béarnais... n’est qu’un vulgaire (et degradant !) chantage sentimental.
Sur le fond:
- je suis d’accord avec vous tous: l’industriel en question (Toyal), comme tous les industriels, PENSE A L’ARGENT ! (là ou nous ne sommes plus d’accord, c’est quand on laisse croire qu’il y a du mal à celà, qu’il s’agit même du MAL ABSOLU).
Pour des raisons diverses et variées, Toyal a estimé que ce qu’il fait actuellement à Accous pourrait se faire à moindre coût ailleurs. Tant mieux pour lui (il gagnera plus) et tant mieux pour nous tous (nous aurons, nous aussi, ses produits moins chers). Ou est le mal?
Vue par un martien, cette race humaine qui se bat pour produire difficilement ( et donc à un cout élevé, pour peu de biens) au lieu de le faire facilement (et donc à un cout moindre, pour plus de biens) doit parraitre bien stupide... Celà revient à vouloir à tout prix cultiver des oranges en Alaska, tout en implantant des patinoires au Sahara ! C’est le “sisiphisme”, admirablement decrit par Fréderic Bastiat il y a déjà plus de 150 ans.
Il est donc évident que les “délocalisations”, à l’echelle de l’humanité, sont une bonne chose. S’y opposer relève soit de la stupidité la plus crasse, soit de l’égoïsme le plus étroit, soit des deux à la fois. (je suis sûr que les José Bové, Attac et autres “alter-mondialistes” apprecieront mon style: direct, concis, sans fioritures!)
Il me faudrait un peu plus d’espace pour démontrer que même les apparents “perdants” dans ces délocalisations sont encore plus perdants quand ils se crispent pour conserver, au-delà du raisonnable, des activités qui, au fond, sont non-rentables. En bréf:
- aucune activité qui, par elle-même, entraine des pertes (et non pas des gains) ne peut durer. Tot ou tard, c’est la faillite.
- plus on anticipe cette faillite, plus on se donne du temps pour virer sans heurts vers d’autres activités, rentables. Inversement, perséverer dans l’erreur en ajournant l’échéance ne fait que rendre la fin plus brutale et douleureuse. Cela est vrai à titre individuel, et mille fois plus vrai à titre collectif: une collectivité (fut-elle canton, région ou pays), peut plus facilement gérer quelques problèmes sociaux tous les ans que la majorité de sa population se retrouvant en situation de detresse brusquement, du jour au lendemain.
Autrement dit, refuser l’évolution des activités économiques revient à refuser quelques petits tracas aujourd’hui (reconversion professionelle, changer ses habitudes, etc.) sachant pertinamment (mais le sait-on vraiment?) que celà débouchera sur un trés gros pépin dans quelques années.
Et, comme à l’échelle d’une collectivité les délais sont plus grands (la dimension des catastrophes finales aussi!) celà revient à refuser des petits tracas aujourd’hui pour... léguer à ses enfants une grosse m....
Le cas de la dette par habitant en France est, à ce titre, exemplaire: elle sera payée par les enfants de ceux qui l’ont faite. Les coupables de la dette seront pour la plupart à la retraite, et iront toutes les semaines défiler Place de la République pour défendre le “maintien de leur pouvoir d’achat”: comme toujours dans les affaires “collectives”, chaqu'un pense que la société lui doit plus...
- le maintien artificiel d’activités économiquement non-rentables se fait grace à des subventions d’Etat. Le cas présent ne déroge pas à cette regle: il a été clairement dit que pour le maintien de Toyal à Accous, l’Etat va payer le surcoût !
Or, pour ceux ( nombreux, hélas!) qui l’ont oublié, je rappelle que l’Etat ne produit, par lui-même, aucune richesse: sa seule ressource est l’argent qu’il prend ( aurais-je dû dire “pique” ? ) dans nos poches par la contrainte (impôts et taxes). En clair, le maintien artificiel (par subventions) d’une activité non-rentable ne peut se faire qu’en alourdissant aussitôt l’effort des autres.
Résumé: pour ne pas exposer, pendant les quelques années suivantes, quelques milliers de francais seulement( les gens d’Accous) aux “affres” du changement ( donc pour leur préserver le confort douillet de l’immobilisme) on a décidé:
- de demander, tout de suite, aux autres millions de francais - exposés, eux, aux angoisses de la mobilité professionelle et aux contraintes du marché - de suer encore plus ! Il faudra m’expliquer ou est l’éthique dans tout ca.
- de préparer aux enfants d’Accous ( et de toute la France, par ricochet) des lendemains franchement noirs ! Il faudra m’expliquer ou est la générosité, ou est la responsabilité dans tout ca.
Mais, dira-t-on, nous devons préserver en France, fut-ce au prix de subventions, des activités industrielles, pour des raisons stratégiques !
Outre le fait que cet argument de l’intérêt stratégique est, dans l’immense majorité des cas, une fumisterie qui se pare des vertus du patriotisme, dites-moi, l’ennemi odieux, aux mains desquels nôtre Zorro béarnais - et nous tous avec - n’avons pas laissé tomber un grand fleuron de l’industrie stratégique, cet ennemi donc, c’est qui ? Dieu, mais c’est... cette horrible ville de Lacq ! Si vous regardez sur une carte, Lacq semble francaise... mais il faut croire qu’elle a declaré récemment son indépendance (et même son hostilité!) à l’égard de la France, sinon on ne comprend plus rien à cet effort hystérique et national pour garder l’usine Toyal à Accous.
Mais si Lacq est toujours francaise, quelqu’un peut-il nous expliquer pourquoi les gens d’Accous méritent-ils les efforts de la nation, au detriment de ceux de Lacq ?
Cet épisode (la grève de la faim de Mr. Lassalle et ses raisons) est proprement de la caricature. Hélas, elle en dit long sur le marasme intellectuel de tous ceux qui l’ont prise au sérieux: Mr Lassalle, classe politique, médias, public francais.
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