Durant sa campagne éléctorale 2007, Mr Sarkozy se dit grand défenseur du système français actuel d’assurance-maladie. A la question de la liberté tarifaire des médecins “libéraux”, il répondit vaguement, en évoquant des possibles “espaces de liberté tarifaire”, assortis de contre-parties dumement contrôlées ( par l’Etat, bien sûr !) en termes de “qualité du service proposé”.
J’avais observé avec amertume qu’une telle façon de voir les choses relève d’un libéralisme faux-nez. A mon sens, la condition normale “ originelle” du médecin “libéral” aurait dû être celle de la liberté tarifaire absolue. Et aux médecins de poser de conditions ( drastiques et “dûmement controlées”) vis-à-vis de toute tentative de l’Etat de s’immiscer dans la relation médecin-patient ( y compris dans son volet financier): car il s’agit, en fin de compte, d’une relation parfaitement privée.
Mais des décennies d’étatisme ayant fait leur travail de sape sur les moeurs et les cervelles, Mr Sarkozy passe pour un “libéral” alors qu’il nous offre une étonnante inversion de perspective: à ses yeux, la sujetion totale des médecins est devenue la normalité, et c’est l’Etat-maitre qui pose des conditions pour octroyer quelques miettes de liberté.
Ironiquement (en profitant du passé récent), j’avais estimé que Mr Sarkozy raisonne en…Chef de Prison ! Avec, quand même, une certaine ouverture d’esprit: il est disposé à appliquer, par endroits, la LIBERTE CONDITIONELLE: les détenus méritants auront éventuellement une permisson le dimanche ! Pour aller à la messe ?.
Je suis trop susceptible ? Je cherche “ la petite bête” ? Possible, mais, dans son discours à l’égard du MEDEF, Mr Sarkozy m’a offert un nouvel exemple dans le même sens.
Il s’adressait, cette fois, aux entrepreneurs français. En leur disant qu’il est prêt à réduire leur charges, à “libérer le travail”, à...etc. etc. Bref, il est prêt à “jouer le jeu”. MAIS ( car il y a un “mais”!) les entreprises à leur tour doivent “ jouer le jeu” : elles doivent investir leurs bénéfices dans la recherche, etc.
Réfléchissons bien: n’est-ce pas le même réflexe mental que plus haut ?
A entendre Mr Sarkozy, nous avons le même rapport de forces : la sujetion totale des entreprises (privées!) à l’égard de l’Etat est la “normalité”. Réduire les charges, ne pas régenter les contrats de travail au sein de ces entreprises... bréf, libérer un peu le joug serait un “jeu” que Mr Sarkozy - bon prince! - veut bien tenter MAIS... en posant ses conditions !!! ( à prendre ou à laisser ?).
Autrement dit, en cas de bonne conduite, nos entrepreneurs auront, le dimanche, un petit supplement de ration !
Il est évident que, par rapport au stalinisme, il s’agit là d’un « libéralisme outrancier »… Il suffit simplement de bien choisir le terme de comparaison, pour voir la vie en rose…
Celà étant, le “libéralisme” serait-il un dogme ombrageux, et les “libéraux” des “integristes” ? Autrement dit, les pseudo-libéralismes ( comme celui de Mr Sarkozy) seraient-ils nécessairement mauvais ?
Dans le cas particulier des entrepreneurs, il est facile de démontrer que oui.
a) Je ne reviens pas sur le frein au développement ( et à la croissance !) que représentent les charges lourdes: cela semble communément admis !
b) Diminuer les charges ( et, plus généralement, les contraintes) “à condition que”... revient à substituer une contrainte (la/les conditions posées par l’Etat sont des contraintes) à une autre ( celle dont on s’affranchit).
Il n’y a pas plus de liberté qu’avant !
Par le biais des allégements sélectifs de charges, l’Etat continue à régenter sur les décisions et les orientations d’une entreprise privée. Si on admet qu’un “allégement de charges” – sélectif ! - est une sorte de “subvention" inversée – sélective, bien entendu ! -, on comprend que les orientations des entreprises seront biaisées: au lieu de répondre aux besoins du “marché” ( c’est à dire des consommateurs) elles prendront des décisions visant à... satisfaire les critères d’obtention de la subvention. Les dégâts économiques ( et, en fin de compte, humains) de cette disposition des choses ne sont plus à démontrer.
c) Mais, peut-être, cette fois, la/les conditions posées vont dans “ le bon sens”.
Il est vrai qu’investir dans la recherche parait “bien”.
Méfions-nous des apparences !
- d’abord, il est impossible de tracer une démarcation claire et pertinente entre dépense visant “la recherche” et dépense visant... autre chose !
Une petite étourderie permit à Flemming de découvrir la pénicilline, une semaine de vacances d’un employé permit la découverte de la cyclosporine... Et qui aurait accordé des “allégement de charges” ( car “investissements dans la recherche”) à Steve Jobs ( Apple) ou à Bill Gates ( Microsoft) dans les années ‘70, lorsqu’ils s’amusaient dans leurs garages respectifs à fabriquer des machines jugées inutiles par tout le gotha intellectuel de l’époque ?
Qui donc va juger, au nom de l’Etat, de ce qui, aujourd’hui, est un bon investissement pour le développement de demain ?
Car faire La Recherche par l’Etat ou bien accorder des subventions d’Etat à la recherche privée revient au même: il s’agit d’allouer de l’argent public à telle ou telle “recherche”. Ce seront toujours des fonctionnaires - ou des Commissions savantes - qui devront décider d’allouer l’argent public à une activité... au detriment d’une autre activité!
Historiquement, la recherche “étatique” n’a jamais fait preuve d’une grande clairvoyance...
En parlant des débuts d’Apple ou Microsoft, il est intéressant de savoir ce que faisait l’informatique française – étatique ! – à la même époque. Sans être spécialement dédié à ce sujet, le livre de François de Closets « L’mposture informatique » nous en donne un bréf aperçu : on s’aperçoit que, à grands renforts de subventions et d’Instituts Nationaux, la France à systématiquement fait fausse route et a systématiquement raté tous les grands tournants ! Edifiant !
Le tort et la distorsion ne viennent pas de l’incompétence ( ou turpitude ?) des personnes appelées à prendre ces décisions: elles se trompent autant que vous ou moi... Le seul tort est de “priver de facilités” certaines activités ou investissements, jugés aujourd’hui “improductifs”. Car, sauf vôtre respect, tous ceux qui s’amusent à prédire l’avenir – en France ou ailleurs – se trompent autant que les autres ( voire plus, dans certains cas : on a même l’impression que plus ils se croyent « professionnels » de cet exercice plus ils se trompent...
Nous avons un exemple national frappant dans la personne de Mr Jacques Attali, dont le CV objectif et résumé devrait être :
- a tout raté sur le plan pratique: conseiller notoire de Mitterand et donc partiellement responsable des orientations – délétères – du pays en ces temps ; président calamiteux de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement - BERD, sauvé par la bienséance politicienne ( de nos voisins européens) d’une véritable mise en accusation pour gestion calamiteuse et dépenses fastuaires inconsidérées.
- a tout raté sur le plan théorique : grand expert (auto-proclamé) en prévisions sur le devenir du pays, s’est systématiquement trompé dans ses prévisions : avec une régularité et un acharnement dans l’erreur qui forcent l’étonnement !
- En bon énarque, il doit croire que chacun de ses « ratés » sont dûs à la petitesse morale et intellectuelle des gens autour de lui ( il l’affirma explicitement, pour ce qui est de son éviction houleuse de la direction de la BERD…).
- Et, comme la France est, tout comptes fait, un terrain de jeu trop étroit pour son auguste pensée, il s’est recentré, depuis quelques années, sur les prédictions à l’échelle planétaire et à très long terme !
En récompense de ces immenses mérites, Mr Attali vient d’être récemment nommé à la tête d’une Commission ( une de plus !!! ) sensée nous éclairer sur comment retrouver la croissance et le plein emploi. Et Mr Sarkozy , fier de cette nomination, de nous affirmer qu’il exploite ainsi « les richesses humaines du PS » : drôles de richeses !
Enfin… je veux bien, si on nous assure que Mr Attali est là pour nous montrer … surtout ce qu’il ne faut pas faire ( c’est simple : quand Mr Attali dit que c’est bien on sait que c’est mauvais et inversement…).
En résumé, étant donné qu’il est impossible de prévoir quelle activité sera génératrice de progrés et que toute activité humaine - y compris le plus « méprisable » des loisirs - est, potentiellement, à l’origine de grands progrés futurs, il s’ensuit qu’il faudrait “subventionner” tout le monde et pour toute forme d’activité !!
Ce qui revient à dire qu’il faut simplement réduire les charges sociales... sans aucune contre-partie. Pour toute forme d’utilisation des bénéfices !
Aussi simple que celà.
Autre argument:
Je rentre de Roumanie. Assez intéressant, actuellement, là-bas, le problème principal des entreprises locales est... de conserver les bon employés ! Sinon, ils partent ( chez les concurrents ou bien à l’etranger).
Ainsi donc, la viabilité et la performance d’une entreprise peut passer, parfois, par de gros investissements en... salaires, tout simplement !
Un exemple simple qui montre que ce n’est pas seulement “la recherche” ( au sens etroit du mot) qui permet à une entreprise de durer et de grandir.
Or, allouer telle ou telle partie de son bénéfice “à la recherche”, telle autre dans la paye du personnel, telle autre dans la rénovation des bâtiments, etc., il s’agit là de décisions dont l’opportunité ne peut jamais être mesurée par de grands principes nationaux: cela dépend des conjonctures locales, des phases d’évolution internes et propres à une entreprise....
Un entrepreneur qui à beaucoup investi dans une nouvelle technologie - maintenant mise au point -, et qui envisageait, dans les années à venir, à consolider son réseau de distribution ou, plus prosaiquement, à rembourser la dette accumulée... le voilà pénalisé par les conditions de Sarkozy. Son concurrent qui, jusqu’à présent, avait nonchalamment “mangé” son bénéfice sans se soucier de l’avenir se mettra, lui, à faire la recherche - aidé par les conditions de Sarkozy. Résultat : le premier, en 2-3 ans, sera amené à déposer le bilan. Le deuxième va fleurir. Paradoxalement, on aura donc « sanctionné » l’entrepreneur prévoyant et on aura favorisé le fainéant ! Le seul tort du premier ? Avoir décidé de s’endetter pour la recherche selon les rythmes internes de son entreprise et non pas en fonction des humeurs et des oukazes d’Etat.
Tout cela pour dire que :
a) toutes les formes de dépense des bénéfices – recherche, paye du personnel, petits-fours ou voyages au soleil - peuvent se valoir et que le seul décideur en droit est… le propriétaire de l’entreprise.
Toute intervention de l’Etat visant à influencer ce type de décision est d’abord moralement inacceptable.
De surcroit l’Etat, en décidant arbitrairement que telle forme de dépense est préférable à une autre, ressemblera à un éléphant dans un magasin de porcelaines : beaucoup de dégâts pour peu de bien. Comme toujours, ce sera « du mécanique plaqué sur le vivant ».
b) Pour avoir droit aux « allégement de charges », nombreux seront les « travaux de recherche » dont l’utilité et la pertinence seront à l’évidence nulles dés le départ, mais dont le grand mérite sera de satisfaire aux critères du formulaire CERFA afférent.
Je peux citer, de nos jours, maints projets municipaux qui ont dévié de leur objectif initial au point de changer totalement de nature et ce, uniquement afin de « rentrer dans les critères » d’obtention de telle ou telle subvention. Bien entendu, le résultat final n’apporte rien à la communauté – alors que les projets dans leur forme initiale auraient pu au moins répondre à un besoin… Rien ne permet de penser que l’allégement de charges pour « la recherche » n’introduira le même type de distorsion dans l’allocation de l’argent par les entreprises.
En somme, je me permets de croire que l’interventionnisme étatique, le « volontarisme énergique » dont fait preuve nôtre jeune (et charmant !?) président Mr Sarkozy nous prépare quelques gros dégâts. Et des déceptions à la mesure des espoirs suscités ( espoirs qui, à mon sens, ont peu de fondement…).
Au risque de me répéter, je vois le "Directeur de Prison" - un peu moins absurde que les précédents, certes - je ne vois toujours pas le "libéral"...
Et je crois que, malgré les recriminations de « dogmatisme », les solutions authentiquement libérales restent, sinon les meilleures, du moins les moins mauvaises que l’on puisse imaginer.
Actuellement, les réponses vraiment libérales manquent cruellement dans les discours du pouvoir en place…
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