Vendredi 8 février 2008
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Comme je le disais, le rapport me parait d'abord et avant tout incohérent.
Fait hilarant, c’est justement de “cohérence” que le rapport se vante le plus.
Il le fait d’ailleurs dés les premières lignes: dans la plus pure tradition du “haut fonctionnaire”, avant même d’en exposer le contenu, le Rapport Attali commence par nous dire comment on doit l’interpréter. “L’analyse critique” précéde la “lecture du texte”! Et, afin de nous epargner des efforts intellectuels (au-dessus de nos moyens, sans doute) l’auteur du Rapport s’est chargé de faire lui-même cette “critique”.
Et, sur ce point, il n’est pas avare de compliments.
Le Rapport est “non partisan” ! Comprenez: c’est la plus pure des “objectivités”. Donc, c’est LA VERITE. Nous voilà fixés.
“ C’est un ensemble cohérent, dont chaque pièce est articulée avec les autres, dont chaque élément constitue la clé de la réussite du tout.”
Il faut sans doute être énarque et monstrueusement prétentieux (excusez le pléonasme) pour pondre une telle affirmation. Surtout lorsque suivent... 316 “décisions”. Oui, vous lisez bien, trois cent seize ! J’offre le champagne à celui qui me montrera un assemblage non pas de 300 mais seulement de 50 ou 100 “mesures” (ou “affirmations”, ou “propositions”, ou tout ce que vous voulez dans le genre) constituant un ensemble rigoureusement articulé, et avec un cohérence interne telle que l’omission d’une seule “proposition” compromette irrémédiablement l’ensemble.
Nôtre Rapport prétend avoir reussi cet exploit au triple !
N’importe quel gamin au lycée sait qu’une telle affirmation est fausse si au moins une pièce du “puzzle” peut être enlevée sans que les autres “s’ecroulent”, et sans nuire à la “réussite du tout”.
Essayons donc, au hasard:
DÉCISION 276
Ouvrir le recrutement des directeurs des hôpitaux publics à des cadres, entrepreneurs ou médecins des secteurs publics et privés.
DÉCISION 277
Modifier la formation de l’École nationale de la santé publique (ENSP) exagérément axée sur des problématiques juridiques et inadaptée aux exigences managériales de modernisation des structures hospitalières.
L’objectif de ces 2 “décisions” est louable: améliorer et moderniser la gouvernance des hôpitaux, en élargissant “l’origine intellectuelle” et “l’horizon culturel” des cadres dirigeants. Excellent, mais... par rapport à nôtre problème de cohérence et de mesures “mutuellement indispensables”,on est loin du compte:
- en quoi la non réalisation éventuelle de ces 2 décisions nuirait-elle à la réalisation de décisions telles que:
DÉCISION 1: Améliorer la formation des éducateurs et éducatrices de crèche et des assistantes maternelles, revaloriser leur diplôme et en augmenter le nombre.
ou bien
DÉCISION 51: Faciliter l’accès de tous au réseau numérique. ?
Faible d’esprit, je suis incapable de voir l’intime et indissociable inter-dépendance entre le recrutement des directeurs d’hôpitaux et la formation des éducatrices de crèche...
Pire encore, les “décisions” 276 et 277 “s’affaiblissent” l’une l’autre: si la formation à l’ENSP devient “adaptée aux exigences manageriales de modernisation...”, on n’a plus un besoin si vital que ça d’aller chercher des directeurs d’hôpital ailleurs. Ou inversement: si on peut recruter des directeurs d’hôpital sans passer par l’ENSP, la qualité de cette école n’est plus un problème si “vital” que ça.
En clair, si la réalisation des 2 décisions est, certes, souhaitable, on constate que la bonne réalisation de l’une rend la réalisation de l’autre parfaitement secondaire.
A bien y refléchir, je dirais que la décision 276 suffit: si on peut recruter des directeurs d’hôpital autrement qu’en passant par l’ENSP, cette dernière, tôt ou tard, se réformera toute seule, sous peine de disparaitre à cause de la concurrence. “L’objectif” de la nation est d’avoir de bons directeurs d’hôpital (quelques soient les “fillières” de formation), pas de sauvegarder à tout prix une “fillière” particulière.
On a donc trouvé une (ou deux?) “décisions” - 276 et 277 - dont l’absence ne semble pas mettre en péril tout le reste. En pure logique “mathématique”, c’est déjà suffisant pour démontrer l’absurdité du propos concernant l’indestructible cohérence et inter-dépendance de l’ensemble.
Mais bon, dira-t-on, on n’est pas au cours de mathématiques, une telle exigence “formelle” de nôtre part est peut-être exagéré. Si quelques “décisons” sont peut-être d’importance moindre, l’essentiel du propos reste vrai: la plupart des “décisions” sont fortement correlées.
On ne va pas multiplier les exemples contraires: ils sont nombreux. “L’ensemble” n’est ni plus ni moins cohérent que toute autre “collection de propositions” que le pays a connu (et connaitra encore, probablement...).
Cette prétention de cohérence à toute épreuve n’est qu’une fumisterie, un “auto-satisfecit” facile et “gonflé” (la “touche” personnelle du Président de Comission ?). C’est d’autant plus ridicule que - subtilité sémantique - on ne nous présente pas des “propositions” mais des “décisions”. Décidemment, le ridicule ne tue pas dans ce pays (quelle chance, pour le rédacteur du Rapport...).
A quoi sert cette fanfaronnade? A faire “pression” sur les décideurs politiques (vous devez TOUT acheter ! Pas de vente au détail !) ? Ca semble être le cas, quand on affirme que:
“Ceci n’est pas non plus un inventaire dans lequel un gouvernement pourrait picorer à sa guise, et moins encore un concours d’idées originales condamnées à rester marginales.”
Décidemment, l’auteur du Rapport veut à tout prix une place de choix au Panthéon des Sauveurs de la Patrie, et il fait du “marketing” agressif.
Hélas... il faut être complétement débile pour croire que, publicité “agressive” ou pas, le pouvoir politique va gober celà sans objection. Pour des raisons tantôt bonnes tantôt moins, le gouvernement va “picorer à sa guise” dans cet “inventaire”, et beaucoup d’idées resteront “marginales”. Même un gamin sait qu’il est impossible, dans un pays démocratique, qu’on prenne 316 “décisions” sans la moindre objection, simplement parce que c’est Le Guide Suprême (auto-proclamé) de la Sagesse Universelle qui les a pondues.
“Le petit Livre Rouge” appartient - heureusement d’ailleurs - à des horizons civilisationnels différents (et en voie d’extinction...)
Or, que je sache, Mr Attali est un grand illusioniste intellectuel, mais pas naif à ce point. Il sait trés bien, et à l’avance, ce qui va se passer en réalité.
La raison de tout son laïus sur ses 316 “décisions” qui seraient indissociables sans dommages (graves!) pour la réussite “du tout”, la raison donc n’est pas de “tout vendre” mais, plus simplement, d’avoir une excuse toute préparée pour l’échec (ou, du moins, pour l’insignifiance des “victoires”) des quelques mésures qui seront éventuellement appliquées.
Par Andrei LUDOSAN
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Publié dans : ludosan
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