Publicité

Mercredi 5 mars 2008
Durant la “guerre froide”, les transfuges des pays de l’Est étaient accueillis à l’Ouest avec compassion: normal, ils étaient victimes de “régimes totalitaires”.

Au fond, en quoi un régime est-il “totalitaire”? En simplifiant à l’extrême, je retiens deux caractéristiques fondamentales:

1. La confiscation de la LIBERTE ECONOMIQUE INDIVIDUELLE par l’Etat.  C’était le fondement même des régimes communistes, avoué et revendiqué comme tel.

2. L’absence de LIBERTE INDIVIDUELLE DE PENSEE ET DE PAROLE: l’Etat sanctionnait durement tout propos “non-conforme”.
Ce deuxième trait était officiellement nié par les régimes en question. Les Constitutions de ces pays, sans exception, “garantissaient” la liberté de parole et de pensée, et les répressions exercées par l’Etat à ce propos devaient donc être “maquillées”: emprisonnement pour délits (fictifs, bien sûr) “de droit commun” ou bien internement pour “folie”.

Les deux traits, à bien y réfléchir, sont “consubstantiels”: d’ailleurs, la liberté de parole ne devenait “coupable” que si elle mettait en cause les personnes de “l’establishment” (en jargon local, les “apparatchiks”) ou bien, pire encore, les fondements idéologiques de cet “establishment”.
On pourrait dire que c’est la confiscation de la liberté économique individuelle qui est le trait fondamental et initiateur du “totalitarisme”: la perte des autres libertés en découle, inexorablement.

Au fond, les pays communistes avaient ré-inventé l’esclavage. La différence - mineure et superficielle - avec l’esclavage antique étant qu’au lieu d’avoir des “maîtres” individuels on avait affaire à un seul maître abstrait: l’Etat.
Mais une abstraction n’existe que sur le papier: dans la pratique c’était des hommes - bien individuels et réels- qui exerçaient, au nom de “l’Etat”, ce pouvoir tyrannique et absolu. L’ensemble de ces individus constituaient “les apparatchiks”. De facto, ils étaient des maîtres d’esclaves, ou, si l’on veut, des gardiens de prison. Le pays tout entier devenait, en quelque sorte, un immense camp de travaux forcés, un “goulag”.
Il était donc normal que l’on accueille ceux qui s’en évadaient, afin qu’ils retrouvent ce droit humain que nous chérissons tellement: la liberté individuelle. Dont le volet fondamental semble être la liberté économique.

Il apparaît donc bien curieux, de nos jours, de blâmer des gens qui fuient leurs pays afin d’échapper... à la même confiscation étatique des biens individuels, confiscation qu’on appelle IMPOTS.

Si, hier, c’était l’Etat soviétique confiscatoire qui, à nos yeux, était le seul coupable du désir des gens de s’en échapper, il apparaît incohérent, de nos jour, de ne pas penser que le principal coupable de la fuite des gens vers des “paradis fiscaux” serait... également l’Etat d’origine de ces personnes et non pas le “paradis fiscal” vers lequel ils aspirent.

En clair, l’Allemagne (et la CEE avec), en vitupérant contre le Lichtenstein ( bientôt contre la Suisse, le Monaco, l’Andorre, etc.) se comportent, de nos jours, rigoureusement selon le même mécanisme de pensée que les autorités soviétiques d’antan.

Quelle "souplesse" éthique! Ca doit correspondre à ce qu'on appelle (fièrement!) "être pragmatique et non-dogmatique" !

Comparaison n’est pas raison, me dira-t-on.
Je demande qu’on m’explique en quoi ma comparaison est défaillante .

Pour ma part, je ne vois pas de différence qualitative mais seulement quantitative, à savoir le taux de la confiscation étatique. Il avoisinait les 100% en URSS, il est aux alentours de 50% dans les pays européens (France, Allemagne, etc.). Le principe, lui, reste le même dans les deux cas: ce n’est pas l’individu qui décide de ce qu’il accorde à “la collectivité” mais “la collectivité” qui décide de ce qu’elle laisse à l’individu.

Alors... la différence entre un régime “totalitaire” et un régime “de liberté” serait-elle une simple question de pourcentage? Pourcentage défini souverainement par quelques “apparatchiks” dont la seul vertu est... d’être nés “à l’Ouest” ?
Une prison ou l’on vous accorde quelques heures de “programme libre” par semaine - au gré du bon vouloir des geôliers - devient-elle pour autant “un havre de liberté” ?

Si la réponse à cette dernière question est affirmative, j’avoue que l’on doit réviser de fond en comble ma conception de la liberté. Dans une telle hypothèse, le monde “libre” a certainement dû prévoir quelques camps de ré-éducation (fort “libres”, n’est-ce pas ?) destinés aux “fous” comme moi...  Avec “Arbeit macht Frei!” au
frontispice ?

Par Andrei LUDOSAN - Publié dans : ludosan
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus